conteS 

et 

légendeS


"Le petit Flocon de Soie".

      Il était une fois un agneau, le plus doux de la vallée. Sa mère la brebis en était folle et la Biquette plus encore ; et elle lui avait même tricoté une toison aussi blanche que la neige de l’Ossau. On l’appelait donc « Flocon de Soie ». Un jour sa mère la brebis noire aux yeux doux lui demanda d’apporter un gilet de laine immaculée à la biquette sa cousine.  — Fais attention au renard, au serpent et à l’ours vorace ! » L’agneau partit aussitôt par le bois du Bitet pour rejoindre sa Tatie qui demeurait à la lisière de la forêt. En passant par la futaie sombre, l’agneau rencontra l’ours qui aimerait bien le croquer depuis longtemps. Mais l’ours eut une idée : celle de manger aussi la biquette… Alors, il sympathisa avec Flocon de Soie. « Tu veux que je t’accompagne, que je te défende, que je te protège contre tous les obstacles que tu peux trouver sur la route ? » L’agneau tremblant, paralysé, resta figé et muet. L’ours le rassura en lui tapant sur l’épaule. « Ne t’inquiète pas, je suis au régime je ne mange plus que des myrtilles, du miel des radis et des carottes râpées. Maintenant je suis doux comme un agneau. Nous voilà amis ! » L’agneau rassuré accepta que l’ours l’accompagne. Ils se racontèrent leur vie pendant tout le trajet, l’agneau parlant de sa cousine dévorée dans un coin de pâturage et l’ours de son régime végétarien. L’ours déclara, en se baissant pour le caresser : « Oh je pourrais aller cueillir des edelweiss pour Biquette ma copine. Va chez elle je te rejoindrai plus tard ! » L’agneau partait, en courant à toute allure, par le chemin le plus court, et l’ours par le plus long, tout en cueillant des iris, des gentianes et des edelweiss, et en dégustant le miel trouvé dans le tronc d’un arbre mort. Flocon de Soie arriva chez la Biquette et raconta sa rencontre avec Compère l’Ours. Biquette, méfiante se mit en garde. « Je crois que l’Ours a de mauvaises intentions, et nous allons lui tendre un piège ». Elle alla chercher le Patou du berger. Il se déguisa en chèvre avec des cornes de bois et une barbichette de mousse sèche. Il se glissa dans le lit et tira la couverture au ras de son menton. On entendit heurter très fort à la porte. Flocon de Soie ouvrit, tremblant et vert de peur. Il bégaya : « Ma Tatie est alitée, car elle a mangé du trèfle et elle est toute boudinée. L’ours éclata d’un gros rire gras. « Je vais la soigner, ta Tatie ! » Sous le lit, la biquette riait sous cape. L’ours s’approcha du lit avec son petit bouquet d’iris, de gentianes et d’edelweiss dans son énorme patte. Il tira la couverture et recula, la bouche béante de stupeur. 

« — Ma Biquette, que vous avez des pattes poilues ! 

    — C’est pour mieux faire le ménage, mon Nounours. 

    — Que vous avez une queue touffue !

    — C’est pour mieux balayer…     

    — Que vous avez un gros ventre ! 

    — C’est pour mieux t’avaler mon Nounours ! » 

L’ours se souvenant de l’histoire du Petit Chaperon Rouge que sa mère lui avait racontée quand il était tout jeune, bondit vers la porte. Le Patou le mordit et arracha une touffe de poils sur le haut de sa tête. Biquette sortit de sa cachette et lui donna un grand coup de cornes dans les fesses, ce qui l’envoya jusqu’au Canada. 

C’est depuis ce jour que les agneaux peuvent porter des gilets aux Biquettes leurs Taties, sans risquer de se faire dévorer par de méchants ours ! 


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Le défi de la sorcière. 

Mon grand-père Adolphe m’a raconté cette histoire étrange. Je la crois vraie parce que c’est mon pépé qui me l’a racontée. Voilà son récit : 

« Dans nos montagnes des Pyrénées se cache un petit torrent, dans une petite vallée à Sesque. Quand j’étais petit, un jour que je me promenais le long de l'eau lumineuse au grand soleil d'été, je trouvai un caillou bizarre (chez nous, nous appelons "caillou" les gros rochers abandonnés par le glacier). 

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On aurait dit un cube énorme, haut de plusieurs mètres, de couleur noire couvert de mousse rouge... La curiosité me poussa à faire le tour de ce bloc étrange et inquiétant. En effet, il n'était pas là la dernière fois que je suis venu dans le coin ! Je remarquais soudain que les oiseaux ne chantaient plus, le vent ne faisait plus chuchoter les feuilles et l'eau elle-même était devenue muette. La forêt tout entière restait figée. Alors, dans cette montagne silencieuse, une petite voix douce murmura à mes pieds : « Fais le tour du caillou, tu trouveras une porte, tu l'ouvriras et tu entreras ». Je baissais les yeux, et une petite fleur violette et noire pointa sa feuille en direction du roc. 

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En faisant le tour du caillou, je trouvai une porte que je n'avais pas remarquée auparavant. Elle était toute biscornue. 

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Je n'arrivais pas à l'ouvrir, alors je pris mon élan, je donnai un coup d'épaule dans le bois vermoulu, et j’ai soudain dégringolé dans un escalier obscur encombré de toiles d'araignées, de poussière, de chaudrons rouillés, de bocaux fendus. J’ai même brisé une dizaine de cornues dans un boucan d'enfer ! 

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En me relevant, j'écrasai la queue d'un chat noir que je n'avais pas remarqué dans la pénombre. Il ouvrit des yeux jaune-doré comme ceux d'une chouette, il poussa un chuintement aigu semblable au cri d'une locomotive, et pouf ! il se métamorphosa en vieille femme tordue, laide et repoussante. C'était une sorcière célibataire et peu élégante. Son visage était encadré de longs cheveux noirs peuplés de crapauds et d'araignées. Cette brave sorcière ordinaire, avec sa verrue sur le nez, son chapeau pointu et son balai « turbodiesel », portait une longue robe noire où elle avait brodé, avec des fils d'araignée, de petites chauves-souris grises. En guise de pantoufles, elle était chaussée de sabots en peau de citrouille. Ses mains aux doigts aussi fins que des pattes d'araignées ressemblaient à des serres de vautour fauve. 

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Elle dit soudain, en se grattant le nez : « Voyons, voyons, tu es venu de bien loin, hé bé tu vas faire encore plus de chemin : tu vas ramener mon cheval. Mais d'abord, il faut que je te donne quelque chose d'important ! » Elle posa délicatement une petite graine noire dans le creux de ma main. « Cela t'aidera dès que tu seras hors du caillou ! » Puis elle jeta sur moi une poussière grise malodorante. Je me retrouvai comme par enchantement dans la clairière. Le vent faisait bouger les feuilles, les oiseaux chantaient, la forêt n’était plus silencieuse. Dès que les rayons de soleil atteignirent la graine, elle se transforma en oiseau qui sauta sur un tapis de mousse. Je le regardai stupéfait. Son plumage rouge et jaune me prouvait qu'il était Béarnais, puisqu'il avait les couleurs de notre drapeau. Il pouvait se gratter sans tomber, car il avait trois pattes. Il n'avait pas d'ailes, mais sa tête était encadrée d'une oreille longue à droite et toute courte à gauche, qui lui permettaient de voler en tourbillonnant. Il me dit d'une voix nasillarde : « Coucou, bouzour! » Au lieu d’un bec, il portait une superbe trompette d'or. 

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« Ne me dis pas que tu es tombé nez à nez avec la Reine des ténèbres ? Je parie qu'elle t'a demandé de retrouver son cheval ! Moi, j'ai échoué, alors elle m'a transformé en cette horrible créature... Mais je vais te donner des indices pour réussir : suis le sentier, et, au coin de l'arbre bleu, tu trouveras un gnome qui crache des flocons magiques. Ils tombent en scintillant, et en chantant : « Le cheval est droit devant…». Alors, j’allais droit devant moi, jusqu’à la ville ! Devant une boucherie, je remarquai un étalon noir avec une longue crinière blonde aux crins gaufrés qui encadraient son beau sourire. Soudain, un petit bourdonnement d’abeille me fit lever les yeux. Je reconnus l’oiseau Béarnais qui tournicotait, grâce à ses oreilles dissymétriques. Il ajouta avec stupéfaction : « Je n’avais pas eu autant de chance que toi ! Je vais t’aider à ramener le cheval ! » Malheureusement, l’étalon passa la tête par la fenêtre de la boucherie et croqua deux steaks hachés qu’il avala comme de la purée. L’oiseau se mit à hurler : « Non ! Notre cheval va devenir fou ! » En effet, l’animal hocha plusieurs fois la tête, puis se cabra, et envoya des ruades partout. Il hennit puissamment. Il commença à trembler comme une vache folle, puis s’assit sur le rebord de la fenêtre

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Il observait avec envie les biftecks hachés du présentoir, se léchait les babines. Alors j’achetai des saucisses, et grâce à une canne à pêche, je les laissais pendre devant son nez. Comme il voulait les saisir, il avança ainsi jusqu’au repère de la sorcière. 

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Celle-ci jouait au poker avec le gnome râleur et tricheur de la forêt. Elle sursauta en me voyant, et me dit : « Bravo, tu as gagné le pari ! Je vais te récompenser ». Elle claqua des doigts et le gnome horrible et tricheur se transforma en superbe bouton de rose qui s’ouvrit dans ma main. « Conserve cette fleur, elle est très précieuse et ne fanera jamais ! Il y a trois siècles que je l’ai, elle peut se transformer en toutes sortes de créatures… » 

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Quant à l’oiseau, pour le remercier, elle le changea en ravissant perroquet rouge et jaune qui secoua ses ailes et s’envola vers un pays lointain ». 

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Depuis ce jour, on m’a affirmé qu’on peut voir, au cœur de l’immense forêt Amazonienne, en Amérique, des perroquets Béarnais chantant « aqueras mountanhas ».